LES AMOUREUX DE SARAJEVO

IL Y A 28 ANS LA MORT DE ADMIRA ET BOŠKO

1993: Admira et Boško, un amour impossible

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de la mort de deux jeunes amants auxquels je suis toujours resté lié dans le souvenir de cette terrible journée.

C’était exactement le 19 mai 1993, j’avais alors 27 ans, ils en avaient 25, classe 1968. Ils s’appelaient Admira Ismic, une jeune musulmane de Bosnie et Boško Brkic, un Serbe orthodoxe. Ils ont été fauchés par des tireurs d’élite chetnik (Chetnik e Ustasha sont les noms qui identifiaient les serbes et les croates) pendant le long siège de Sarajevo, alors qu’ils tentaient de “s’évader” d’une ville cernée de toute part par les bourreaux de Mladic,  lâchement planqués sur les collines entourant la ville.

Ils espéraient  construire et cultiver leur amour, dénié par les circonstances. Au moment de cette guerre sanglante, faite de sièges et de massacres exécutés  avec froideur méthodique, il était impensable qu’un Serbe puisse même se lier d’amitié avec une jeune fille bosniaque. Ceci, malgré Sarajevo, avant 1991 ans, était un creuset multiethnique à la tradition cosmopolite formé déjà à l’époque ottomane et consolidé d’avantage sous l’empire  austro-hongrois.

Les idéologies de la mort.

Tout a été emporté par une poignée de psychopathes. Par la branche armée du régime, Ratko Mladic et ses milices, par l’idéologue du nettoyage ethnique, Radovan Karadžić. Et, bien sûr, le bras politique, le président fantoche de Serbie, Slobodan Milošević. Il ne faut pas oublier que ces trois personnages clés, à eux seuls, ont contribué à la quasi-totalité de la guerre civile et des massacres. Il y a presque une sorte de conformisme dans la façon dont, dans l’histoire, le schéma de trois esprits déviants se rencontrant pour construire une destruction massive, se répète avec une banalité effrayante. Ces trois hommes ressemblent à la résurrection macabre de la triade maléfique Hitler-Himmler-Goebbels.

Les années ’90 de sang.

Le début des années 1990 a été marqué par une série de guerres génocidaires qui, si ce n’était par notre volonté aveugle de les rationaliser sous les calculs de la coïncidence, sembleraient bel et bien sorties d’un mauvais scénario de démons et de zombies.

Comment oublier que, au cours de ces mêmes années, aura lieu le plus pressé de tous les génocides, les Hutu firent 800.000 morts parmi les Tutsi en un seul mois. En effet au Rwanda fut accompli ce que mêmes les nazi n’auraient jamais pu envisager en si peu de temps.

Que dire des massacres des Kurdes (gazés dans les villages jusque dans les hameaux plus reculés par les escadrons de Saddam Hussein). Et puis la guerre civile au Guatemala et au Salvador, alors que le reste de l’Amerique centrale était embrasée par les Contras américains et  j’ai certainement oublié bien d’autres flambées meurtrières. Les années ’90 ne firent que reproduire à grande échelle de destruction civile ce que les années ’80 avait passé aux  essais militaires.

La triste anatomie de deux vies brisées.

Ma génération se souvient de la guerre en Bosnie comme de l’un de ces événements tragiques qui ont marqué les phases cruciales de leur temps, de leur conscience et et de leur état d’âme.

Je peux dire, sans exagérer, que je suis ce que ces guerre on fait de moi à une époque d’insouciance générale  de l’occident. Çà a été comme la ligne de partage entre deux eaux, celles d’une paix mondiale à laquelle nous croyions naïvement et le désenchantement brutal d’une guerre frappant aux portes de notre Europe.

Je me souviens encore de la photo en noir et blanc d’un journal de cette époque. Internet n’était qu’a ses débuts.  On pouvait voir le jeans et les chaussures blanches de l’une des deux victimes. Ensuite, on voyait les sacs des deux jeunes, cachant l’union de deux formes autrefois vivantes. On a découvert plus tard que les deux s’étaient étreints dans une ultime frayeur mortelle. Ces images m’ont hanté pendant de nombreuses nuits et m’ont amené à écrire une prose aussi naïve que sincère sur Sarajevo. Il faut comprendre que j’avais l’âge de ces deux jeunes et que j’étais amoureux aussi. Je me demandais à quoi aurait ressemblé ma vie si j’avais grandi en Bosnie ces années-là.

Mostar, Srebrenica, les  charniers et bien d’autres endroits de la mort circulent encore aux échelons supérieurs de mes souvenirs. En plus, il y a un fait très émouvant qui me lie à cette histoire. Une partie de ma souche maternelle était originaire de l’ex-Yougoslavie et des parents très éloignés vivaient à Sarajevo.

Boško a été le premier à tomber. Puis Admira qui, désormais mortellement blessée, eut la force de se traîner vers son bien-aimé  et de le serrer dans ses bras en s’accrochant à tout son corps, pour expirer à son tour son dernier souffle. Leurs corps restèrent là, figés, resserrés  dans une étreinte d’amour, comme pour se protéger à jamais dans une éternité à  laquelle il semblât qu’il furent destinés depuis le  principe.

Admira et Bosko  sont restés huit jours avant que quiconque n’eut le courage de traverser ce fichu lopin de terre pour  les récupérer et rendre leur dépouilles aux parents . Les tireurs d’élite auraient bousillé depuis les collines environnantes, quiconque avait eu l’inconscience de le tenter, comme à décupler le message de haine et de moquerie. Seul un cessez-le-feu aura finalement permis de récupérer les corps des deux jeunes amoureux.Admira e Boško Sarajevo

Admira et Boško, la jeune bosniaque et le Serbe tués à Sarajevo alors qu’ils tentaient de quitter ensemble Sarajevo par amour, dans un de mes dessins copiés de la photo originale.

L’espoir: Une journée mondiale dédiée a leur mémoire, la journée mondiale de Bosko et Admira.

Je voudrais voir une journée mondiale pour Admira et Boško. Beaucoup ont été créés, parfois imprégnés de la forte odeur d’une insupportable rhétorique.   Pour rendre vraiment justice, il faudrait revêtir ces journées, comme la journée des femmes victimes de violence, d’un corps et d’une âme et leur donner ainsi un nom et un prénom. Cela servirait à sortir de la métaphysique des principes et à entrer dans les actes vivants de la chair. Il suffirait donc d’appeler une journée d’Ilaria Alpi pour la liberté de la presse, ou de Simonetta Cesaroni pour les violences faites aux femmes … Et Admira et Boško pour la cruauté et l’inutilité de la guerre.

Mais ce sont des spéculations entièrement personnelles. Ce qui compte, c’est qu’aujourd’hui, il y a exactement 27 ans, deux jeunes amoureux sont tombés criblés de balles, sur un pont de la ville cosmopolite de Sarajevo, alors qu’ils cherchaient tout simplement un endroit pour rendre possible la chose la plus stupide et la plus simple de ce monde, mais tellement controversée sur terre, ‘l’amour. Et ce pont, qui aurait du être  le symbole du dialogue entre les hommes et les différentes croisées, est toujours resté le pont de la discorde et de la haine.

Admira et Boško auraient fêté 53 ans.

Paolo Maggioni Conte

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